Olli Rehn, Gouverneur
Banque de Finlande
Remarques lors du panel,  L’État aux commandes de l’économie, dans le cadre du webinaire
Les Rencontres Économiques 2020, le 3 juillet 2020

Dans quelle mesure l’État ou l’Union européenne devraient-ils utiliser les politiques monétaires et budgétaires pour contrer les effets des crises et promouvoir le développement des entreprises ? 

Mesdames et messieurs, mes distingués collègues,

C’est un grand plaisir de participer aux Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence/Seine qui réunissent de nombreux responsables politiques, universitaires et spécialistes des affaires pour discuter les défis actuels de nos sociétés et le rôle de l’état pendant et après la crise.

En période de crise, l’État et les autorités publiques, c’est-à-dire le gouvernement et la Banque centrale, doivent généralement renforcer leurs rôles pour éviter des dommages économiques et sociaux à grande échelle. La crise du Covid-19 est inédite par son ampleur et sa portée internationale. Par conséquent, le soutien du secteur public est nécessaire, à la fois pour contenir des dommages à l'économie et stabiliser des marchés financières et pour poser les bases d’une reprise solide.

Cependant, à mon avis, le rôle accru du gouvernement ne doit être, et ne peut être, que temporaire. Il faut, le temps venu, permettre la reprise de l’activité normale de l’économie sociale de marché européenne, tout en combinant efficacement le dynamisme entrepreneurial avec la justice  sociale,- ou, si vous préférez, la compétition de marché avec la régulation et la redistribution. Nous avons besoins d’une forte croissance durable pour réduire l’endettement publique élevé.

L’Europe a-t-elle réussi à gérer la crise de cette manière ? L’un des enseignements majeurs de la crise financière mondiale et de la crise de la dette est qu’il est nécessaire de recourir à une politique monétaire d’une envergure exceptionnelle pour contenir la panique sur les marchés financiers et éviter l’effondrement de l’économie. En réponse à la Crise du Covid-19, l’Europe cet engagé à une relance monétaire sans précédent, et des mesures de relance budgétaire équivalentes ne devraient pas tarder. En terme de politique monétaire, nous pratiquons ce que nous avons appris.

Et cela, tout en respectant le mandat de stabilité des prix. Du point de vue de la politique monétaire, pour le moment, et apparemment à moyen terme, l’effet de la pandémie de Covid-19 est désinflationniste plutôt qu’inflationniste. En outre, le risque de déflation est récemment réapparu. Cela justifie la politique monétaire accommodante vigoureuse de la BCE, qui est à la fois proportionnée et nécessaire.

La  relance monétaire vigoureuse de la BCE offre actuellement un moment de répit aux économies européennes qui souffrent de la crise et héritent des problèmes. Il est essentiel que les États membres de l’UE considèrent ce moment de répit comme une occasion de poursuivre les réformes structurelles et d’améliorer le potentiel de croissance et la résilience de l’économie. Cela pourrait ouvrir la voie  à  une transformation économique, qui n’a que trop tardé, pour passer à une Europe plus compétitive, durable et numérisée.

Grâce au soutien monétaire et fiscal conséquent, il faut s’attendre à ce que l’économie européenne retrouve le chemin de la croissance au cours des prochaines années. Cela va réduire le relâchement et faire réapparaître les pressions inflationnistes, et un jour, les États membres et leurs gouvernements devront être prêts à vivre avec moins de complaisance et des taux plus élevés. On ne peut supposer que les banques centrales accepteraient de se soumettre à la dominance budgétaire, c’est-à-dire des circonstances dans lesquelles la politique monétaire serait déterminée par la situation budgétaire. Nous sommes engagés à atteindre notre objectif de stabilité des prix.

Cela ne signifie pas que nous devons opter pour un retrait anticipé du soutien monétaire. Les hausses de taux prématurées de la BCE au milieu de la crise de l’euro de 2011 rappellent les risques d’un retrait prématuré. Étant donné que la politique monétaire est autant un art qu’une science, l’on n’est jamais trop prudent lorsque l’on envisage le bon moment pour retirer le soutien à la politique monétaire, et vérifier pendant un certain temps que l’inflation a effectivement et solidement atteint l’objectif de stabilité des prix à moyen terme.

Outre le soutien à la politique monétaire, une relance budgétaire plus vigoureuse est nécessaire. À cet égard, la réunion de fin de juin du Conseil européen  fut une déception. Les dirigeants de l’Union européenne doivent se mettre d’accord sur un fonds européen de relance au plus tôt. Les négociations des derniers jours me font espérer à un accord proche. Associé aux mesures de relance budgétaire de chaque État membre, ce fonds renforcerait la relance et partagerait mieux  le fardeau avec la politique monétaire.

Cependant, il est primordial d’utiliser les mesures de relance budgétaire aux fins prévues : la santé et l’emploi, ainsi que le développement durable et la transformation numérique. Le recours au fond pour financer des dépenses permanentes nouvelles, irait à l’encontre des objectifs fixés.

C’est pourquoi la conditionnalité doit être renforcée en impliquant explicitement le Semestre européen d’élaboration des politiques économiques. Selon sa méthode d’analyse comparative et de vérification, il convient d’examiner l’effet des programmes de réforme nationaux sur les réformes structurelles, l’innovation et l’investissement. Ainsi, les mesures de politique peuvent être conçues de manière à réellement améliorer la productivité et la compétitivité. Cela est valable pour tous les États membres, du sud au nord. La capacité de l’Europe à créer une prospérité économique est essentielle pour gérer le fardeau de la dette publique croissante.

Bien que la crise touche durement toute l’Europe, c’est aussi l’occasion de faire de réels progrès. Il faut saisir cette occasion d’améliorer la transformation économique et écologique.

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